Intelligence artificielle : Du jeu de poker à la stratégie militaire.

Les tournois de jeux opposant l’homme à l’intelligence artificielle ont tous tourné à l’avantage de la machine. Chaque victoire marque l’évolution de l’IA. Développé par Carnegie Mellon University sur des ordinateurs HPE, le programme Libratus a vaincu en 2017 des joueurs de poker et ouvert des perspectives sur d’autres applications.

Le Deep Leaning a dû attendre son heure. En 1943 le neurophysiologiste Warren McCulloch et le logicien Walter Pits s’étaient inspirés du cerveau humain en proposant une première approche mathématique exploitant un réseau de neurones. Les principes mathématiques étaient posés mais la puissance des ordinateurs est restée longtemps trop limitée pour exploiter le deep learning et surtout on manquait de données nécessaires à l’apprentissage des machines. Il faudra attendre les années 2010 pour que le deep learning refasse vraiment parler de lui. La technologie a évolué, les coûts ont baissé et internet a donné accès à de gigantesques volumes de données. En 2012 Lors de la Compétition ImageNet de Reconnaissance Visuelle à Grande Échelle (ILSVRC), l’équipe de Geoffrey Hinton (l’un des lauréats du prix Turing 2019) réussit à reconnaitre des images avec un taux d’erreur de 16% alors qu’auparavant on n’atteignait que 25%. Depuis le taux d’erreur n’a eu de cesse de s’améliorer. En 2016 il était de 5,7% et aujourd’hui il est inférieur aux taux d’erreur d’un être humain.

Du jeu de dames au Poker : l’évolution de l’IA et des ordinateurs. Les tournois opposant la machine à l’humain dans des jeux de stratégies ont marqué les étapes de l’intelligence artificielle. En 1994 l’université d’Alberta rencontra le champion Tinsley avec un ordinateur nommé Chinook. Quelques années plus tard en 1997, c’est au tour d’IBM avec Deep Blue de s’attaquer au jeu d’échec plus complexe avec ces 10 puissance 47 combinaisons qui se conclut par la défaite du célèbre Gary Kasparov. L’IA de l’époque basée sur des ordinateurs mémorisant les règles et des quantités de parties déjà jouées avait fait des prouesses mais pas suffisamment pour s’attaquer au jeu de Go bien plus complexe avec ces 10 puissance 171 combinaisons. Il faudra attendre 2016, le recours au deep learning et à de puissants ordinateurs pour que la machine Alpha Go vienne à bout du champion du monde de Go Lee Sedol. La victoire a marqué les esprits et pour ceux que cela intéresse un documentaire sur Netflix revient sur l’histoire de ce succès technologique. Plus surprenant encore en 2017, l’IA avec le programme « Libratus » l’emporte contre quatre champions du monde du Poker.

Du poker aux stratégies militaires. Le programme Libratus a été développé par Carnegie Mellon University. Pour le tournoi de poker ce programme fonctionnait sur un super ordinateur nommé Bridges construit par le constructeur informatique HPE. J’ai eu l’occasion d’assister à plusieurs conférences de Dr. Eng Lim Goh – Vice-Président CTO chez HPE qui expliquait la difficulté de l’aventure. Le poker est un jeu complexe avec 10 puissance 160 combinaisons mais qui se distingue des autres jeux. Les jeux d’échecs et de Go sont des jeux ou chaque joueur dispose de la totalité des informations toutes les pièces étant visibles sur le plateau. En ce qui concerne le poker c’est totalement différent puisque les cartes en main sont cachées. Difficulté supplémentaire le bluff est autorisé ce qui rend la tâche particulièrement difficile pour une machine. Les stratégies appliquées pour le jeu de Go ne s’appliquent donc pas et Libratus a dû élaborer une stratégie basée sur des données incomplètes en utilisant le concept de théorie des jeux « Nash Equilibrium ». Ce type d’approche peut trouver des applications au-delà des jeux. Un des chercheurs qui participait au projet Libratus,Tuomas Sandholm, a créé en 2018 la start-up Strategy Robot pour adapter ces technologies de jeux au domaine militaire pour par exemple explorer différentes stratégies militaires. Dans une guerre l’adversaire n’utilise pas forcément les même règles et l’IA pourrait se révéler une aide utile dans la prise de décision.

La donnée au cœur de l’IA. Que les informations soient complètes ou incomplètes, les données jouent un rôle capital dans le fonctionnement d’une IA. Une voiture autonome totalement sûre nécessitera 1 milliard de kilomètres de données de conduite, et chaque kilomètre génère 15 gigaoctets. Pour le Vice President de HPE, les données constituent un avantage compétitif pour les entreprises et il les incite à commencer à collecter le plus tôt possible les données pour préparer l’avenir. Face aux GAFA qui ne cessent d’accumuler des données il suggère aux entreprises d’un même domaine d’activité de partager leur données quitte à créer des consortiums.

Le Dr. Eng Lim Goh interviendra le 26 novembre à la Seine Musicale à Boulogne Billancourt dans le cadre du HPE Discover More. C’est un orateur passionné et inspirant qui pourra évoquer Libratus mais aussi ses travaux avec la NASA. Une occasion à ne pas rater. #HPEDiscoverMore #Paris

Le consommateur en quête de reconnaissance ….vocale et visuelle. #IA

Smartphones en poche, nous sommes devenus impatients, exigeants voire paresseux. Tout est à portée de main. Les recherches sur le web sont devenues des réflexes. Rapides et efficaces pourquoi s’en priver. Mais pourquoi faire encore l’effort de taper des mots clés sur un clavier ridiculement petit quand on sait qu’on tape en moyenne 40 mots par minute alors qu’on peut en prononcer 150 oralement dans le même temps. Et puis bien souvent nos mains sont déjà occupées à bricoler, cuisiner, conduire …L’intelligence artificielle arrive à point nommé pour simplifier l’expérience utilisateur par de nouveaux modes de recherche. Car le point fort des systèmes « autoapprenant » de machine learning sont leurs aptitudes à reconnaitre du son, de la voix et à présent des objets et du texte dans des images.

Marketeurs, intéressez-vous rapidement à la recherche vocale et visuelle. Il n’est pas question de devenir datascientist ou codeur mais d’analyser ces tendances et d’en mesurer les conséquences sur la relation client. En 2020 les interfaces vocales vont devenir un outil central dans la relation client. 50% des interactions se feront vocalement et majoritairement à partir des mobiles.  La montée en puissance des assistants vocaux est significative. D’abord présents sur nos ordinateurs portables et nos smartphones (Google assistant, Siri, Cortana ..), ils se livrent une guerre sur le terrain des enceintes intelligentes avec en tête Amazon Echo et s’invitent à présent dans tous les équipements. Le logiciel d’intelligence artificielle d’Amazon (Alexa) équipe près de 20.000 objets de 3.500 marques. Tous les constructeurs automobiles font des accords pour pouvoir équiper leurs véhicules d’assistants vocaux. Récemment Google a signé un partenariat avec le groupe Renault Nissan Mitsubishi qui fera de Google Assistant la principale interface d’interaction entre le conducteur et son véhicule. Les interfaces vocales vont modifier les secteurs et les usages de consommation et les marques risquent de passer totalement inaperçues. Avec les recherches vocales, plus question d’afficher les premiers résultats. Il faut être en haut de la liste en « position zéro ».  Les équipes marketing vont devoir rapidement adapter leur stratégie de SEO (Search Engine Optimization) pour se rapprocher autant que possible des questions formulées en langage naturelle par les clients.

La reconnaissance visuelle pour fluidifier les achats et capter les achats d’impulsion. L’intelligence artificielle est aujourd’hui suffisamment puissante pour identifier des objets dans une photo. Une simple photo se transforme en une mine d’or pour le marketing et des applications de plus en plus nombreuses s’approprient cette fonction pour simplifier l’expérience du consommateur.  Vous avez un coup de cœur pour un objet mais vous ne connaissez ni son nom, ni sa marque et encore moins son prix. Qu’à cela ne tienne prenez une photo, la reconnaissance visuelle fera le reste. Vous avez sans doute vu l’accord passé entre Amazon et Snapchat. Vous photographiez un objet qui vous plait, Snapchat analyse l’image, l’envoie à Amazon qui met en œuvre de puissants algorithmes et vous propose un produit identique ou similaire avec une vignette contenant les caractéristiques. Vous n’avez plus qu’à commander. Simple comme bonjour. Finies les lourdes navigations dans les gros catalogues produits qui lassent le consommateur et contredisent la simplicité du digital.  Dans l’immensité du Web le mode de recherche doit se réinventer et cela passe sans doute par l’intelligence artificielle. Pinterest et Instagram ont lancé leurs fonctionnalités de recherches visuelles. eBay a déjà dévoilé deux outils de recherche visuelle (eBay Image Search etFind it on eBay) en octobre 2017. Amazon dispose d’Amazon visual search. Quant à Google, son produit Google Lens est disponible en France depuis mai 2018 et vous permet en pointant votre smartphone sur un objet, une plante ou un animal d’obtenir toutes sortes d’informations. Une espèce d’encyclopédie interactive quasiment relié à notre cerveau qui jouerait le rôle de béquille de culture générale.

Les équipes marketing ont intérêt à se mettre dans les starting blocks pour ne pas laisser le champ libre aux géants du numérique. Développement ou partenariat peu importe il faut déjà penser à développer une stratégie de recherche vocale et visuelle. La technologie est au point et progresse constamment. La Redoute s’y est mis des 2014 et propose de rechercher des produits dans son catalogue vocalement ou par reconnaissance de photo.

 

 

 

 

 

La France peut- elle encore jouer un rôle dans l’intelligence artificielle

Depuis 2011, date à laquelle des chercheurs canadiens ont démontré la faisabilité du deep Learning, les géants du web se sont lancés dans la course à l’intelligence artificielle. Les américains (GAFA) aussi bien que les chinois (BATX) ont investi dans ces technologies, embauché les meilleurs talents et fait l’acquisition des start-up prometteuses dans le domaine. Ce domaine d’avenir ne doit pas rester l’apanage de ces géants et la France tente de reprendre pied sur ce marché en capitalisant sur ses atouts.

L’IA incontournable pour l’avenir.  L’intelligence artificielle fait partie de ces technologies qui vont profondément modifier notre société. Les géants du web ne s’y trompent pas, ils y voient une formidable opportunité de développer de nouveaux marchés en apportant une valeur extrêmement différentiante. La transversalité de l’intelligence artificielle leur permettra de continuer à progresser sur des secteurs qui n’étaient pas leur cible d’origine. On le voit avec l’exemple dans le secteur de l’automobile avec le développement des voitures autonomes. Cela modifie non seulement l’industrie proprement dite mais impactera les infrastructures routières, les services de transport et nos modes de vies. Ces entreprises du numérique ont pris de l’avance et ont l’avantage de disposer de plateformes qui collectent énormément de données. Ces données leur permettent d’accélérer l’apprentissage de leur intelligence artificielle  à vitesse grand V. Comme on dit « un algorithme avec beaucoup de donnée est plus précis qu’un bon algorithme avec peu de données ». Dans leur cas ils ont les deux…

L’IA déjà présente dans notre quotidien. Ne croyons pas que l’intelligence artificielle concerne uniquement des projets futuristes. L’intelligence artificielle est déjà très présente dans notre quotidien. La majorité des moteurs de recommandation, les  systèmes de reconnaissance d’images et de videos (computervision) ou le traitement en langage naturel (NLP) s’appuient déjà sur des technologies de machine learning ou de deep learning. En 2016 déjà 38 % des entreprises utilisaient l’intelligence artificielle et elles seront 62% en 2018 selon « narrative Science survey ». Les investissements suivent et vont progresser de 300% entre 2016 et 2017 (Forrester Research).  Avec un marché qui pesait 8 milliards $ en 2016 et qui devrait atteindre 47 milliards $ en 2020 selon IDC on comprend que de nombreux acteurs soient intéressés.

Garder la maitrise technologique. Si l’usage de l’intelligence artificielle se démocratise grâce à de nombreux modules dans le cloud à destination des développeurs on peut s’inquiéter néanmoins de la prépondérance des américains et des chinois sur ce marché qui accentuera la dépendance de toutes les industries vis-à-vis d’eux. Aux Etats-Unis, l’administration Obama a lancé un plan intitulé « Preparing for the future of artificial intelligence » et a publié son rapport «Artificial Intelligence, Automation, and the Economy ». En France nous disposons de nombreux atouts. On compte environ 3000 chercheurs qui travaillent dans le domaine de l’intelligence artificielle et près de 200 start-up développant ou exploitant de l’intelligence artificielle. Pourtant on manque de leaders et surtout d’organisation.

Un plan d’intelligence artificielle pour la France. C’est en partie pour y pallier qu’en janvier 2017 Thiery Mandon et Axelle Lemaire ont lancé le Plan France IA. Espérons que ce plan perdurera après les élections présidentielles car  l’IA constitue une formidable opportunité pour innover et créer les entreprises de demain. Sans minimiser les risques sur l’emploi et l’éthique, l’intelligence artificielle constitue des opportunités de progrès et d’amélioration des conditions de vie du plus grand nombre. Avec ce plan France IA,  l’objectif est de mobiliser tous les membres de la communauté IA et de fédérer les nombreuses initiatives émergentes en France pour définir une stratégie nationale concertée et mettre en avant le potentiel de la France dans ce domaine clé. En quelques sorte reproduire la Frenchtech mais avec un focus sur l’intelligence artificielle. Pendant deux mois après l’annonce de France IA, chercheurs, entreprises, start-up et acteurs institutionnels  se sont réunis pour contribuer à définir les grandes orientations de la France en matière d’intelligence artificielle pour l’avenir.(voir les groupes de travail). D’après le calendrier  les travaux finiront le 14 mars  et les groupes remettront leurs recommandations ou propositions d’actions au comité de pilotage. Un rapport France IA sera remis aux ministres le 21 mars.

A suivre donc pour voir la concrétisation de ce plan « France IA »

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L’Intelligence artificielle s’inscrit durablement dans la transformation numérique

De plus en plus souvent le thème de l’intelligence artificielle est évoqué non seulement dans la presse technique mais également dans la presse économique. Elle est en train de devenir un des axes de développement du numérique qui devrait considérablement modifier notre société.

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L’intelligence artificielle libérée de ses freins. Le sujet n’est pourtant pas nouveau. Le film « imitation game » fait référence au fameux test de Turing qui date de 1950. A ce jour il semble qu’aucune machine n’ait réussi ce test en trompant la majorité des membres d’un jury assez longtemps avant qu’ils ne découvrent qu’ils dialoguent avec une machine.  Ce n’est que vers 2010 que l’intelligence artificielle s’installe durablement avec les notions de deep learning et de machine learning qui donnent la possibilité à des systèmes d’apprendre par eux même. Pourquoi tant de temps entre 1950 et 2010 ? Parce que l’intelligence artificielle pour être efficace doit disposer de gigantesques volumes de données, d’une importante puissance de calcul et bien sûr à des coûts acceptables.  Depuis 1959 la puissance des processeurs double tous les ans à coût constant suivant les principes de la loi de Moore. Avec l’âge de numérique le monde est devenu un monde de donnée. En février 2010 le journal The Economist soulignait cette tendance sous le titre éloquent « The data deluge ». Ces données massives appelées « Big Data » sont la matière première pour l’auto apprentissage de l’intelligence de ces systèmes.

L’intelligence artificielle est-elle encore réservée aux géants du web ? Aujourd’hui l’intelligence artificielle est déjà très présente dans notre quotidien. Les moteurs de recommandations des acteurs du web utilisent des systèmes de machine learning. Tous les systèmes de reconnaissance que ce soit du texte, de la voix, de l’image ou de la vidéo ne pourront pas se passer de l’intelligence artificielle. Une véritable course aux acquisitions dans ce domaines s‘est engagée. L’intelligence artificielle nécessite malgré tout des infrastructures techniques conséquentes et des compétences spécialisées que les GAFA s’arrachent. L’intelligence artificielle est-elle pour autant réservée aux seuls géants du web ? Plus vraiment, le cloud a contribué à démocratiser largement la technologie à l’image d’un IBM qui offre des modules d’intelligence artificielle (Watson) dans son cloud (Bluemix). Les développeurs d’entreprises de toute taille peuvent concevoir leurs applications et faire appel à ses modules spécialisés dans le cloud par l’intermédiaire d’API (Application Programming Interface).

L’intelligence artificielle incontournable pour répondre aux défis sociétaux et technologiques. Les progrès de l’intelligence artificielle inquiètent parfois. Pourtant on lui doit beaucoup d’avancées dans la recherche médicale. Le coût de séquençage du génome humain par exemple a chuté de 100.000 fois dans les 10 dernières années et le temps pour l’analyser a chuté de 13 ans à moins de 3 jours. Avec une population qui atteindra 9 milliards d’individus en 2050 et dont plus des deux tiers vivront en zone urbaine. Il n’y aura pas d’autres choix que d’apporter de l’intelligence à ses villes de plus en plus importantes pour gérer en temps réel toutes les ressources d’une ville (eau, électricité, trafic routier, sécurité etc..) à l’aide de capteurs dont les données seront exploitées, pour partie en temps réel, par de l’intelligence artificielle. La dépendance de notre société aux technologies crée également des risques que l’on perçoit bien avec les nombreuses tentatives de fraudes et les cyberattaques qui se multiplient.  Face au nombre et à la sophistication de ces attaques, les systèmes de machine Learning font leur apparition dans les solutions de sécurité et seront de plus en plus présente dans le futur.

L’intelligence est tout sauf un effet de mode. C’est un des piliers de la transformation numérique qui gagnera progressivement toutes les fonctions et services des entreprises.  Il faut l’inscrire ibm-9-marscomme un projet d’entreprise sur le long terme. Un projet qui a de nombreuses implications à la fois sur les infrastructures techniques, le fonctionnement, le mode de travail ou encore la nature des emplois. Pour aller plus loin sur le sujet vous pouvez participer à la matinale « Comment piloter votre stratégie numérique à l’aire du cognitif » organisée par IT for Business, IBM France et VMware France le 9 mars 2017 à Paris J’aurai le plaisir d’intervenir lors de cette session. Pour vous inscrire cliquez ICI.