La crise sanitaire conduira-t-elle à un « tracking » généralisé de la population

Face à la pandémie du Covid-19 chaque pays élabore sa propre stratégie. La situation est inédite et de nombreuses questions restent en suspens. On reste stupéfait devant l’ampleur des décès en Italie et de leur progression inquiétante en Espagne.  On s’interroge sur les mesures les plus efficaces et on envie le succès de la Corée Sud dans sa lutte contre la propagation du virus. Le confinement quasi général est aujourd’hui notre seule parade contre le virus et il est trop tard pour le remettre en cause. Pour l’éviter, comme les sud-coréens, il aurait sans doute fallu renoncer à la protection de notre vie privée. Pas sûr que nos sociétés occidentales y soient prêtes

Aussi nombreux soient ils les tests quotidiens représentent un faible pourcentage de la population. Nul doute que la Corée du Sud était mieux préparée que les européens. En 2015 la Corée du Sud avait fait l’amère expérience du MERS (Coronavirus du syndrome respiratoire du Moyen Orient) et tiré des enseignements qui leur servent aujourd’hui. Dans la crise sanitaire du Covid-19 la stratégie de la Corée du Sud repose sur des tests généralisés avec environ 15.000 tests effectués par jour. Un chiffre important comparé à celui de la France mais qui reste toutefois bien dérisoire rapporté à une population de près de 52 millions d’habitants : seul 0,03% peuvent être testés chaque jour. On est loin d’un dépistage massif rassurant qui suffirait à autoriser un confinement limité. Les moyens de dépistage restent limités et il faut donc procéder à une investigation rigoureuse digne d’une enquête policière pour être en mesure de tester en priorité toute personne suspecte. La tâche s’avère d’autant plus difficile que de nombreuses personnes infectées par le Covid-19 ne présentent aucun symptôme et n’éprouvent pas le besoin de se faire dépister spontanément. Pour cibler les tests afin de maximiser leur efficacité la Corée du Sud s’est appuyée sur l’analyse des données personnelles des personnes infectées.

Cibler les tests par l’analyse des données personnelles. La Corée du Sud a mis en place un dispositif de suivi des citoyens (« tracking ») qui détermine rétrospectivement les déplacements d’un patient contaminé afin d’identifier nommément toutes les personnes avec lesquelles il a pu être en contact. Des « enquêteurs sanitaires » se livrent à une véritable enquête policière et scrutent les données personnelles : achats par cartes bancaires, géolocalisation par smartphone et images de vidéo surveillance. Autant de données qui relèvent de la vie privée mais qui ne semblent pas choquer outre mesure les sud-coréens. A l’aide de toutes ses données ils sont à même d’établir un itinéraire précis avec tous les lieux visités, les transports utilisés et procéder à une recherche des contacts potentiels. Chaque personne identifiée comme ayant eu un contact avec un patient infecté se voit imposer un test. Si le test est positif ce dernier est confiné à son tour. Ces mêmes données sont comparées avec celles d’autres patients pour repérer des foyers potentiels et intensifier les tests sur ces zones. C’est grâce à cette approche rigoureuse des tests que la Corée du Sud peut s’autoriser un confinement ciblé, limité aux coréens testés positifs. Procéder à des tests, aussi nombreux soient ils, sans les accompagner d’une recherche exhaustive des contacts reviendrait à laisser circuler librement de nombreuses personnes infectées asymptomatiques. Plus l’épidémie avance et plus la tâche est ardue. Récemment la Corée du Sud a annoncé un nouveau système de suivi des mouvements des personnes infectées qui s’appuie sur un « smart city data hub program ». Fin janvier une investigation épidémiologique sur un patient confirmé nécessitait plus d’une journée. Avec ce nouveau système, il suffira de 10 minutes pour reconstituer l’itinéraire d’un cas infecté et déclencher la recherche de ses contacts.

La France est-elle prête pour un « tracking sanitaire ». Dans le cadre de la crise sanitaire, le suivi des déplacements des citoyens via l’analyse des données de leur smartphone fait des adeptes. Après quelques pays asiatiques et Israël, la Russie a annoncé vouloir s’y mettre à son tour pour concentrer le confinement sur les personnes infectées. Par ailleurs Moscou utilise son réseau de caméras de surveillance pour identifier, via la reconnaissance faciale, ceux qui enfreindrait le confinement. En France, l’utilisation des données de géolocalisation des smartphones est également à l’étude. Annoncé le 24 mars, Le Gouvernement a mis en place le Comité analyse, recherche et expertise (CARE) composé de douze chercheurs et médecins et présidé par le Professeur Barré-Sinoussi. Ce comité de scientifiques aura également pour mission de conseiller l’exécutif sur l’opportunité d’identifier, à l’aide de dispositifs de tracking rétrospectifs, les personnes ayant côtoyé des individus contaminés. Il s’agirait non pas de pister les français mais de surveiller l’évolution de la pandémie respectant ainsi l’anonymat des personnes. Lors d’une intervention à l’Assemblée nationale le 24 mars, le ministre de la Santé, Olivier Véran, s’est dit opposé au « tracking » des citoyens par le biais de leurs smartphones. La porte-parole du gouvernement français a toutefois indiqué le 25 mars que si la question du « tracking » se posait de manière précise elle devrait faire l’objet d’un débat. Ce suivi, à partir des données des téléphones portables, pourrait avoir encore toute son utilité dans la perspective de contrôler la sortie du confinement à condition d’avoir tranché auparavant la question des données personnelles. Par ailleurs les solutions de tests semblent évoluer. Beaucoup de laboratoires travaillent sur d’autres formes de testsautomatisés autre que le fameux PCR (Polymerase Chain Reaction). L’Espagne, durement touchée par le Covid-19, prévoit de son côté de multiplier par quatre les tests et de les automatiser pour passer à 80.000 tests par jour en ayant recours à des robots et à l’intelligence artificielle.

C’est l’ensemble de ces mesures de tests associées à la recherche des contacts de personnes contaminées qui permet de réduire le confinement aux seules personnes infectées. Il parait difficile d’appliquer de telles méthodes en France, il suffit de voir les débats suscités à juste titre par l’utilisation de la reconnaissance faciale. Serait-t-il possible de mettre de côté, en temps de crise sanitaire, nos principes de protection de la vie privée pour envisager d’employer ces méthodes lors de la sortie du confinement ? A supposé qu’on l’accepte il faudrait que toutes les infrastructures technologiques y soient préparées.

 

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