Coronavirus : Cygne noir et masque de canard

Bercés par la douce illusion d’une technologie toute puissante, nous nous pensions à l’abri du Coronavirus. Ne sommes-nous pas devenus capables de tout prévoir par le miracle de l’intelligence artificielle ? Les principes de précaution portés au pinacle ne nous préservent ils pas de tous les maux ?  On se rassure en pensant égoïstement que les épidémies, la mortalité infantile, la famine ou bien encore les guerres se cantonnent aux pays qui ne se sont pas encore modernisés suffisamment. On évacue nos craintes en frissonnant devant des séries qui mettent en scène des actes terroristes ou des pandémies en sachant que le héros interviendra toujours à temps pour nous préserver du pire. Les séries dystopiques nous aident à conjurer le sort en projetant le drame dans un futur suffisamment éloigné pour nous épargner.

Le coronavirus est le « Cygne noir » du 21 ème siècle. Une alerte brutale qui nous appelle à l’humilité.  L’analyse des risques est devenue monnaie courante pour les banques et les assurances. Les économistes et les scientifiques modélisent les données et s’appuient sur les statistiques et les probabilités non pas pour éviter les catastrophes mais pour en limiter les risques financiers. Le monde réel n’est pas totalement prévisible. En 2007 Nassim Nicholas Taleb reprenait à son compte l’expression « cygne noir » dans son livre éponyme « Le cygne noir : la puissance de l’imprévisible ». Il expliquait la difficulté de prédire l’incertain sur la base des données du passé et avait anticipé la crise économique de 2008 alors que personne n’y croyait.  Selon sa théorie, le cygne noir désigne un évènement fortement improbable mais qui provoquera d’énormes conséquences. Mais après coup on cherchera à le rationaliser en expliquant qu’il était pourtant prévisible.  Le cygne noir n’est peut-être finalement que le déni de l’incertitude, une sorte de bais cognitif qui vise à nous rassurer. Pourtant selon Taleb « L’avenir est un pur hasard : on perd son temps à le prédire ». Jusqu’en 1697, date à laquelle des explorateurs allemands découvrirent en Australie des cygnes noirs, tout le monde était persuadé que seuls les cygnes blancs existaient. Une certitude si forte qu’elle avait forgé dès l’antiquité l’expression « Cygne noir » pour désigner l’impossibilité de l’existence d’une chose.  De nos jours le terme s’applique à une impossibilité théorisée qui peut ensuite être réfutée.

Les avis contradictoires d’experts augmentent l’incertitude. Les crises sanitaires sont à la même enseigne que les crises économiques. En 2015, lors d’un « Ted Talk » prémonitoire, Bill Gates tirait les leçons d’Ebola et nous prévenait que nous n’étions pas prêts pour la prochaine épidémie dont la description ressemblait étrangement au Coronavirus Covid 19. Pourquoi ne l’avons-nous pas écouté ? Il est facile a posteriori de dire qu’on avait raison mais il est toujours possible de trouver des avis contradictoires venant d’experts plus éclairés les uns que les autres. Difficile de donner des leçons. On le voit avec la singularité numérique. Certains cerveaux brillants nous prédisent une Intelligence artificielle équivalente à l’intelligence humaine autour des années 2015 quand d’autres chercheurs tout aussi respectables nous disent qu’il est possible que cela n’arrive jamais. Même chose pour le dérèglement climatique avec les tenants d’une vision catastrophique qui nous annoncent une fin du monde prochaine. Le catastrophisme systématique est certainement contreproductif et les experts autoproclamés nuisent à la qualité des débats. Le Coronavirus nous met devant des choix difficiles qui ne peuvent pas être tranchés par les seuls experts. Ce sont des choix de société qui nous impliquent tous avec leurs avantages et leurs contraintes. Prévoir le pire c’est porter le risque de la critique quand tout se passe bien. Être trop confiant c’est être démuni en cas de crise majeur. Nous devrons tous tirer les enseignements de cette crise qui montre que si les états ont leur responsabilité les citoyens ont également la leur par leur comportement et le respect des mesures.

N’oublions pas que se préparer au pire à un coût. Sommes-nous prêts à le payer ? Aujourd’hui sans doute mais quand le calme sera revenu et que le pire sera derrière nous peut être pas.

 

 

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