Des RH plus impliquées dans la transformation grâce au Design Thinking

Comment appliquer la transformation numérique à des processus internes et RH ? En changeant de posture et en pensant expérience collaborateur ! J’ai demandé l’avis de Corine Sempé qui conduit des missions en transformation RH et gestion du changement. Suite à un parcours professionnel centré sur la relation client elle a décidé d’engager son action sur la relation et l’expérience collaborateur. A ce titre elle intervient dans les entreprises avec une approche portant sur les impacts internes et la valeur. Elle utilise notamment l’intelligence collective et le design thinking pour impliquer les parties prenantes autour de sujets RH.

Les RH ne sont-elles pas suffisamment impliquées dans la transformation des entreprises ?

Les enjeux de transformation sont de plus en plus complexes à aborder avec des problématiques souvent transverses et des silos qui apparaissent comme des freins. Si la contribution des RH est de préparer le futur et de concilier le temps court (action) et le temps plus long (transformation des processus), alors les RH ont un rôle pivot majeur. Cette conviction, je la partage avec nombre de RH et pour ma part, je la mets en pratique notamment avec l’acculturation au numérique et à l’intelligence collective.

Pour accompagner les transformations de leurs organisations, les Ressources Humaines doivent elles-mêmes se réinventer et se transformer ?

Les RH sont au cœur de nombreuses problématiques sur lesquelles elles sont redevables à l’organisation sans néanmoins toujours disposer de forts leviers d’action. Elles sont par ailleurs souvent déconsidérées dans leur action du fait d’un positionnement ambiguë et d’avoir été trop longtemps cantonnées à des rôles purement administratifs. Au final, si les RH veulent être au cœur de la transformation des organisations, elles doivent commencer à se transformer elles-mêmes

C’est un véritable changement de posture en quelque sorte ?

Oui en effet, toute transformation nécessite d’engager les collaborateurs à se remettre en question tout en étant force de proposition. C’est un peu cornélien, source de stress voire contreproductif. Les RH peuvent jouer ce rôle de liant pour favoriser l’engagement attendu des diverses parties prenantes. Le succès d’une transformation vient du fait que chaque solution est à la fois bien dimensionnée au contexte et enjeux et surtout qu’elle sera adoptée. Il ne s’agit donc pas de déployer une décision top-down mais de coconstruire la meilleure ou tout au moins la moins pire des solutions. C’est donc du sur-mesure sur un terrain qui est mouvant. Ainsi au niveau des RH, c’est un véritable changement de posture qui est attendu et qui n’est ni celui du manager ni celui du consultant. C’est un rôle de facilitateur qui va, de par sa neutralité, permettre de favoriser l’émergence de solutions par les parties prenantes elles-mêmes. Pour ce faire, il existe plusieurs approches et le Design Thinking en est une qui permet de faire collaborer les équipes dans un cadre cohérent, compréhensible et surtout productif.

Le Design Thinking en entreprise n’est pas très nouveau néanmoins ?

C’est vrai mais à ce jour le Design Thinking est plutôt utilisé dans le cadre de création de nouveaux produits ou de services car il favorise une meilleure prise en compte des besoins des demandeurs (ou clients). Cette méthode est relativement peu utilisée au niveau des modes de fonctionnements internes alors que la notion de client interne est tout aussi importante que celle de clients externes tout comme l’ont montré plusieurs auteurs comme Vineet Nayar* pour ne citer que le plus emblématique. Il est ainsi très efficient d’appliquer les principes du Design Thinking aux problématiques RH car c’est une méthode transverse qui permet d’écouter et d’impliquer toutes les parties prenantes.

L’attention aux parties prenantes est donc la clef de voute des processus RH ?
Effectivement la constitution des groupes de travail est tout aussi importante que l’intention que l’on veut donner à l’atelier. Le risque le plus courant est – sous prétexte de vouloir faire du tout collaboratif – de constituer des groupes principalement d’opérationnels sans y inclure les fonctions support. Ce manque de pluralité des visions prive le groupe d’autres points de vue et d’une pensée plus en mode ‘hélicoptère’.

En quoi le Design Thinking est-il si pertinent ?
Dans une économie de marché basée sur la performance et l’adaptation continue aux usages des clients, la contribution des collaborateurs est essentielle pour permettre ce mouvement continu d’adaptation.
En cherchant à comprendre la vraie problématique client/utilisateur, en identifiant des solutions, en testant et itérant, le Design Thinking se révèle très efficace en termes de résultats opérationnels et permet aussi un alignement et engagement des équipes. Mais toute la beauté du Design Thinking réside aussi dans son (apparente) simplicité. Beaucoup moins complexe que le Lean par exemple, cette méthode devient vite un « langage commun » pour les collaborateurs à l’image des « stand up meeting », « kanban » ou autres outils issus de l’agile. Ainsi, plus les collaborateurs s’approprient l’outil plus ils deviennent efficients et exigeants envers les outputs, plus les résultats sont pertinents. Évidemment leDesign Thinking ne fait pas tout, c’est une méthode. D’où l’importance du rôle du facilitateur et de l’engagement des collaborateurs.

Il est utile de rappeler les grands principes du Design Thinking.
Le postulat de départ est simple : premièrement, il faut identifier la problématique avec l’usager/utilisateur et deuxièmement tout un chacun dispose d’une partie de la solution. Dès lors, il s’agit de favoriser cet alignement sur la problématique à résoudre et de libérer l’expression de chaque point de vue.
L’approche méthodologique du Design Thinking alterne donc des phases d’ouverture et de fermeture de manière à aboutir à des choix et des décisions opérationnelles construites en groupe sur le temps de l’atelier. On parle alors de réflexion en double diamant : Découvrir > Définir > Développer > Livrer

Le Design Thinking remet le l’humain au centre de la transformation ?
Dans un contexte où il faut concilier agilité business et engagement des collaborateurs pour renforcer l’efficacité opérationnelle des organisations, utiliser les outils d’intelligence collective est plus que jamais essentiel. Mais cela suppose déjà un changement de posture des RH pour qu’elles se positionnent comme un vrai pivot, qu’elles repensent leurs approches et osent le collaboratif.
Evidement on ne se décrète pas facilitateur en intelligence collective mais on peut déjà commencer avec un outil comme le Design Thinking qui offre un cadre à la fois rassurant et efficace pour initier des processus de co-construction.
Outre le fait de trouver des solutions aux problèmes posés, le changement de posture des participants induit par la force d’entrainement du collectif est véritablement extraordinaire. C’est à se demander parfois si nous n’avons pas tout simplement oublié comment travailler ensemble. Le Design Thinking a donc aussi cette vertu immatérielle, celle de réenchanter le travail en commun pour s’engager sur une solution partagée (prototype).

*Vineet Nayar ‘Les employés d’abord les clients ensuite’ Inspiration Article Harvard Business Review : Les RH adoptent les méthodes agiles – HBR

corinesempe@konov.fr