La France a besoin de ses géants du numérique

L’étude réalisée par Viavoice pour la Revue Civique  portant sur le « patriotisme numérique » posait le débat organisé le 18 février avec Nicolas Bouzou et Robin Rivaton. Deux économistes et essayistes qui essayent de bousculer les idées établies avec intelligence et passion. Face aux incertitudes de l’emploi un constat s’impose : la France a besoin de ses champions du numérique

Le numérique n’est pas un secteur, c’est une innovation multi usages. Elle touche tous les secteurs. C’est ce qui caractérise une révolution industrielle. Plutôt que le mot numérique assez restrictif N. Bouzou préfère l’acronyme NBIC plus explicite. Il montre la convergence de plusieurs domaines (Nanotechnologies, Biotechnologies, Informatique et sciences Cognitives) qui déclenche une révolution technique, économique, sociale, politique et philosophique. C’est la première fois dans l’histoire de l’humanité qu’une révolution concerne le monde entier. Tout le monde y participe que ce soit en tant que marché ou de consommateur. Rappelons-nous que le plus grand nombre d’utilisateurs de Banques à distance se trouve dans l’Afrique subsaharienne.

La création d’emplois par le numérique sera plus forte que la destruction. Contrairement à ce que l’on pouvait imaginer, l’étude Viavoice montre que les français pensent majoritairement que les entreprises du  numérique (qui sont exclusivement sur internet) créent plutôt de la croissance et des emplois dans leur pays. Une opinion qui rassure Nicolas Bouzou car comme toute révolution, la révolution numérique est destructrice d’emplois. Un phénomène qui s’accompagne généralement de la peur de détruire l’organisation existante et de nombreux emplois et qui paralyse beaucoup de nos politiques. Pourtant le sujet est celui de la mutation, pas celui de la fin de l’emploi. Selon Nicolas Bouzou l’emploi reste illimité. La création sera plus forte que la destruction mais inégalement répartie.  Pour en profiter il faut aller de l’avant et se focaliser sur « un monde qui émerge et non pas sur l’ancien qui s’effondre ». Une note d’analyse de France Stratégie intitulée  « Comprendre le ralentissement de la productivité en France » vient confirmer les propos de N. Bouzou en indiquant que « le processus de destruction créatrice » de l’économie française, c’est-à-dire sa capacité à réallouer le travail vers les entreprises les plus productives, est moins intense en France qu’aux États-Unis ou en Allemagne par exemple.

La nécessité de créer des géants français du numérique. Pour Robin Rivaton il faut faire attention à la sur sectorisation avec le numérique, le numérique ne doit pas devenir un secteur en soi mais bien être adopté par tous. Une entreprise qui n’aura pas entamé sa mutation numérique est condamnée à mourir. La France pour réussir doit se doter de géants de Bezou Rivaronnumérique ou tout du moins mettre en place un contexte favorable car comme le rappelle Robin Rivaton,  les géants du numérique provoquent des effets d’échelle et de cascade. Restreindre les emplois créés aux seuls emplois de ces géants du numérique est très réducteurs. Autour d’eux se crée un large écosystème créateur d’activité et d’emplois que les géants du numérique contribuent à irriguer. Ces entreprises possèdent également de grandes capacités de recherche et de développement localisées généralement là ou l’écosystème est le plus développé. Les Etats unis ont leurs géants (GAFA et NATU)  et la Chine également (Baidu, Tencent et Baidu). Les GAFA à eux seuls pèsent environ 1700 milliards de $ en bourse devant les entreprises du CAC 40 qui représentent une capitalisation boursière d’environ 1200  milliards €.  Si l’Europe ne possède pas de géant du numérique cela est dû en partie aux règles de la concurrence, aux frontières et à un rapport aux temps des entreprises traditionnelles qui n’a rien à voir avec les entreprises du numériques. Le rapport au temps des « GAFA » est plus long. Ils possèdent des cash machines qui leur permettent d’investir y compris dans des projets à pertes pour explorer dans tous les secteurs l’apport du numérique. Ils acceptent les pertes et les assimilent à de la recherche fondamentale.

La régulation n’arrête jamais la technologie. Elle peut être néanmoins nécessaire dans les domaines sociaux et éthiques.  La France a déjà fait des progrès considérables ces dernières années avec la French tech et tout un réseau d’incubateurs et d’accélérateurs. Elle jouit également d’une belle notoriété en ce qui concerne les domaines des mathématiques et des algorithmes de plus en plus nécessaire dans une économie de la donnée. Des politiques publiques volontaristes permettraient de créer un environnement propice à la création d’acteurs performants et faire en sorte qu’ils restent en France. Le modèle d’affaires de ces entreprises est de croitre très rapidement. Ce sont des entreprises en réseau. Plus il y a de clients et plus les autres entreprises ont intérêt à faire partie de l’écosystème. Les NBIC forcent à revoir les modèles sociétaux.  Il faut donc pour Robin Rivaron inventer des politiques économiques novatrices qui prennent en compte les conséquences des NBIC.

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